MINUSCA
Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine

MINUSCA Conférence de presse

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Allocution de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies et Cheffe de la Minusca lors de la « Journée internationale de réflexion sur le Génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 » (11 avril 2024)
Texte de synthèse

Je vous remercie d’être présents aujourd’hui pour ce moment de recueillement et de réflexion. Commémorer, ce n’est pas seulement honorer les victimes du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994 au Rwanda. C’est rappeler au monde que leur histoire ne s’efface pas. Votre présence témoigne de votre engagement personnel à refuser l’oubli et à vous informer pour qu’à votre tour vous puissiez contribuer à notre responsabilité individuelle et collective ‘’ d’éduquer les générations présentes et futures sur les causes, les mécanismes et les conséquences du génocide pour qu’aucune société ne soit jamais plus tentée de succomber à la haine ethnique, au sectarisme ou à l’idéologie de l’exclusion. ‘’ MOFA
RCA le 7 avril 2025, lors de la 31ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsis du Rwanda en 1994.
En 1994, entre avril et juillet, en à peine cent jours, plus d’un million de vies furent fauchées : des enfants, des femmes, des hommes, des familles entières.
Aux victimes, dont la mémoire nous rassemble aujourd’hui, nous rendons hommage.
À celles et ceux qui ont survécu et qui portent en eux les cicatrices visibles et invisibles de cette tragédie, nous exprimons notre solidarité et notre profonde admiration. Leur courage force le respect. Leur résilience est le témoignage vivant que la barbarie génocidaire n’a pas pu anéantir leur dignité humaine.
Je voudrais également rendre hommage aux personnes courageuses qui furent victimes de cette entreprise criminelle – non parce qu’elles en étaient la cible, mais parce qu’elles ont eu le courage et l’humanité de dire non au projet génocidaire.
Ces Justes qui, quand le projet d’extermination des tutsis a été enclenché, ont choisi de tendre la main, de cacher, de protéger, de refuser d’obéir et de se soumettre à l’idéologie extrémiste qui sous-tendait cette entreprise d’extermination, ont pris leur responsabilité individuelle, d’êtres humains, parfois au sacrifice ultime, en respectant et protégeant l’humanité qui était de l’autre cible, de l’extermination.
Rappeler ces faits n’est pas un exercice cérémoniel. C’est un acte de vérité.
Un acte de reconnaissance envers ceux que l’on a voulu anéantir jusque dans leur souvenir. Un acte de responsabilité face à une histoire que l’on ne peut ni relativiser ni falsifier.
Mesdames et Messieurs,
Le génocide perpétré contre les Tutsis n’est pas né d’une explosion de haine. Il a été pensé, structuré, planifié et même légitimé, popularisé par le pouvoir politique de l’époque, les leaders communautaires et religieux, et la radio de propagande du génocide, Radio des Mille Collines.
Bien avant la barbarie des tueries, une autre violence s’est installée : celle des mots. Des mots qui divisent, qui diabolisent, qui excluent. Des mots et actes qui déshumanisent et rendent « acceptable » la discrimination d’État, l’impunité des crimes répétés contre les Tutsis, allant même jusqu’à récompenser et promouvoir socialement les injustices commises à l’encontre des Tutsis. Une propagande insidieuse, répétée, codifiée, orchestrée pour préparer les esprits à la solution finale, au projet d’extermination.
L’histoire nous enseigne que ce n’est pas la brutalité des actes qui précède la catastrophe, mais l’érosion progressive de nos repères moraux.
Dans sa déclaration à l’occasion de cette Journée internationale, le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres a rappelé que : « Le déchaînement de violence épouvantable n’était pas spontané. Il était intentionnel, prémédité et planifié, alimenté notamment par un discours de haine qui a servi à attiser la discorde et à propager des mensonges, contribuant à la déshumanisation. […] Le discours du ‘nous contre eux’ se fait de plus en plus entendre et polarise les sociétés. Les technologies numériques sont instrumentalisées pour aviver la haine, attiser les dissensions et répandre des mensonges. »
Ces paroles trouvent un écho dans notre époque. Elles résonnent comme un avertissement. Nous devons prendre la pleine mesure de cette réalité : l’idéologie génocidaire, l’idéologie d’exclusion, le déni de droit, ne sont pas des phénomènes du passé et ne connaissent pas de frontières.
Le génocide n’est pas seulement une destruction humaine. C’est aussi une contamination idéologique. Une fois implantée, la haine devient une logique, une culture, un mode de pouvoir. Voilà pourquoi il est vital de demeurer vigilants pour déconstruire, dès leur émergence, les discours qui hiérarchisent les vies humaines, opposent les communautés et légitiment l’exclusion. C’est une exigence qui vaut partout, tout le temps.
Chers collègues, Les Nations Unies ont échoué à prévenir le génocide perpétré contre les Tutsis du Rwanda en 1994 et n’ont même pas tenté de l’arrêter quand son exécution a débuté. Nous ne pouvons ni ignorer ni effacer cette vérité difficile. Cet échec a eu des conséquences irréversibles. Une illustration de ces conséquences graves et irréversibles est l’extermination le 11 avril 1994 des Tutsis qui avaient pris refuge à l’École Technique de Kicukiro, sécurisée par le contingent belge de la MINUAR. Cet échec a forcé les Nations Unies à se remettre en question : La protection des civils est désormais au cœur des Missions et Opérations de Paix. Cette journée est donc aussi un rappel pour chacun de nous à la MINUSCA: Nous sommes porteurs d’une mission de paix qui dépasse nos titres et nos fonctions et qui ne saurait être considéré comme un simple métier ou profession. Nous sommes les dépositaires d’une promesse de protection. Et cette promesse, nous devons l’honorer avec lucidité, avec humanité, et avec courage.
Mesdames et Messieurs, Commémorer n’est pas seulement tourner le regard vers le passé. C’est aussi poser un regard lucide sur notre présent et l’avenir. C’est reconnaître les actes de discrimination et d’injustice contre des communautés sur base ethnique ou religieuse et refuser de les ignorer, refuser l’inaction. C’est inscrire dans notre culture institutionnelle le refus de la haine, de la stigmatisation et du silence, de l’indifférence, de la peur qui paralyse l’action.
En ce jour de recueillement, souvenons-nous. Mais surtout, restons vigilants. Avec discernement, avec responsabilité, avec humanité.
Je vous remercie.